Jeanne Tunica y Casas a joué un rôle important dans la France du XXe siècle, une époque de progrès, quand les femmes ont enfin obtenu le droit de vote et le régime de l’Indigénat fut aboli dans les colonies françaises. Le roman inspiré par sa vie, Jeanne la femme en rouge (traduit en français) est le fruit de recherches approfondies sur Jeanne Tunica y Casas et le contexte historique à l’échelle mondiale. Toute cette recherche est appuyée sur des documents d’archives. On retrouve, dans le roman, des extraits d’articles de journaux, des tracts et des lettres que Jeanne Tunica y Casas a elle-même écrits (voir les références à la fin du livre). Le communisme des années 1930 que Jeanne Tunica y Casas défendait n’était pas celui d’un régime totalitaire, mais au contraire, une société équitable où tous pourraient s’épanouir et travailler dans des conditions que l’on considère comme allant de soi de nos jours.


Conception de la couverture par Pascale Hutton
Un roman lauréat du prix Literary Titan Book Award
Critique complète de Literary Titan traduite ci-dessous de l’anglais :
Jeanne la femme en rouge d’Isabelle B.L. est un roman historique sur Jeanne Tunica y Casas, une agitatrice politique intransigeante, enseignante, artiste, épouse et femme vieillissante dont la vie s’étend sur Nîmes, Paris, Nouméa, Sydney et Santo. Le roman encadre une Jeanne plus âgée, confinée dans une maison de retraite en 1967, tandis que le souvenir ne cesse de la ramener à Paco, son mari bien aimé, et aux décennies qu’elle passait à écrire, organiser, argumenter, enseigner et défendre les travailleurs exploités en Nouvelle-Calédonie. C’est une histoire d’amour et d’idéologie, mais aussi d’effacement : une femme qui se battait pour se faire entendre doit désormais lutter contre le silence institutionnel, la vieillesse et la douce violence d’être gérée par autrui.
Ce qui m’a saisi d’emblée était le refus du livre de rendre Jeanne facile. Elle n’est pas adoucie pour devenir une sainte de justice ni ordonnée pour se transformer en veuve tragique. Elle est abrasive, brillante, difficile, seule, drôle et parfois épuisante. J’admire cela. La prose revient toujours à des objets, des chaises en vinyle, des mouchoirs pliés, des fleurs, des journaux, les habits de Paco, une laide chambre médicalisée, et ces détails deviennent des détonateurs d’émotions. L’esprit de Jeanne n’est jamais tranquille ; il attaque, remémore, se met en deuil, juge et reconsidère. Le roman est écrit de telle sorte que la conscience est ressentie comme une chambre bondée où l’histoire, le deuil et la conviction politique s’expriment tous en chœur.
J’ai également apprécié la manière dont le livre traite la politique comme quelque chose de vécu dans le corps, non pas seulement débattue dans des tracts. Le communisme, le pacifisme et la colère anticoloniale de Jeanne ne constituent pas un arrière-plan décoratif ; ils façonnent sa perception des chaises, du travail, des fleurs, du langage, voire l’allure des infirmières. Le roman peut être intense rhétoriquement et certains lecteurs pourraient trouver que l’intériorité de Jeanne est affutée ou implacable, mais cette implacabilité semble être honnête pour le personnage. Ce livre est le plus touchant lorsqu’il laisse la tendresse et la fureur occuper la même phrase : la mort de Paco, les souvenirs de Jeanne d’enseigner aux enfants, son refus d’être traitée avec condescendance et sa terreur de mourir seule se réunissent tous dans un portrait à la fois intime et insurgé.
Ce livre convient mieux aux lecteurs de fiction historique, biographique, féministe et politique, et des romans portant sur le vieillissement, la mémoire et la justice sociale. Les lecteurs qui apprécient le sérieux moral d’Isabel Allende ou l’intimité à forte dimension politique de The Book of Night Women de Marlon James trouveront une urgence similaire ici, bien que ce roman soit plus calme, plus intrinsèque et plus élégiaque. Jeanne la femme en rouge rend hommage à une femme qui a presque été mal placée par l’histoire et qui brille le plus quand l’histoire la laisse rester incongrue. Un roman vif, impassible sur une femme qui ne se taisait pas simplement parce que le monde la préférait ainsi.